BULLETIN DE L’HÔPITAL LACOR – AUTOMNE 2020

Chers lecteurs, chères lectrices,

Durant la croissance du Lacor, la Dre Lucille Teasdale jugeait primordial de compiler des données concises, claires et fiables. Aujourd’hui, vu le territoire qu’il dessert et ses contacts quotidiens, l’hôpital est idéalement positionné pour détecter les épisodes épidémiques et fait partie depuis des décennies de l’équipe d’intervention du district de Gulu en cas d’épidémie. Les données sont essentielles pour aider les gouvernements et les autorités sanitaires à lutter contre la COVID-19 et à prendre des décisions pour «aplatir la courbe».

Les cas de COVID-19 sont rares en Ouganda comparativement à l’Occident, mais les conséquences d’une explosion du virus seraient dévastatrices. Le pays serait incapable de fournir le niveau de traitements qu’exigerait cette pandémie.

Le Lacor a déjà identifié des patients et employés infectés pouvant avoir contracté la COVID-19 dans la collectivité. Ceux-ci ont forcé la mise en quarantaine de nombreux autres employés, mais grâce à la détection précoce et à l’isolement, l’hôpital a évité les effets dévastateurs qui auraient entraîné la fermeture de plusieurs départements en pleine saison du paludisme.

Dernièrement, le Lacor a amélioré ses données grâce au soutien du CRDI. Si ces initiatives progressent davantage, l’hôpital devrait renforcer son rôle de pivot dans la recherche épidémiologique. Dans ce bulletin, nous décrivons comment l’hôpital a évolué de la compilation de données chère à Lucille vers l’implantation d’un logiciel de pointe. Nous présentons également les conséquences funestes des lois sur la pandémie pour une mère ougandaise et son enfant.

Prenez soin de vous.

L’équipe Teasdale-Corti 



Des mois de travail, des années de réflexion. Clinic Master, le système intégré d’information sur la santé conçu pour optimiser la collecte de données, est maintenant réalité à l’hôpital Lacor, grâce au projet du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) intitulé Améliorer la qualité des données pour la recherche en santé à l’hôpital Lacor.

Cette réalisation rappelle à notre souvenir la Dre Lucille Teasdale, cofondatrice canadienne du Lacor. Les chanceux qui l’ont rencontrée racontent comment, après une journée de travail chargée, Lucille s’asseyait et découpait de vieilles radiographies, en collant les côtés avec du ruban adhésif. Les plaques inutiles et décolorées devenaient de parfaites chemises protégeant les précieux dossiers médicaux du travail destructeur des rongeurs dans les cases, ou de l’infatigable feu dansant sous les chaudrons de posho.

Dès le départ, Lucille a cru en l’importance de compiler des données uniformes, concises, claires et fiables. En quelques lignes, elle traçait un historique complet: «No F» signifiait «sans fièvre», «No A» signifiait «pas d’anémie», «H L Ok» signifiait «cœur et poumons sains», etc. Tout était méticuleusement noté sur le formulaire médical et placé dans les chemises radiographiques noires préparées la veille. Lucille remettait alors un dossier à chaque patient en lui recommandant de tout garder en lieu sûr pour la prochaine visite, de ne pas utiliser le dossier pour autre chose, surtout pour l’argent, et d’éviter de salir les formulaires. C’était il y a 40 ans.

Ces derniers mois, les unités et départements du Lacor ont assisté à une véritable révolution informatique. Grâce au programme Clinic Master, les médecins peuvent accéder à toutes les données des patients et des examens et les saisir depuis leur bureau ou service.

Les avantages, espère-t-on, seront énormes: les médecins auront instantanément accès aux antécédents complets, les diagnostics seront plus rapides et précis, et la marge d’erreur sera nettement réduite. Le personnel chargé de la prestation des médicaments lira facilement les ordonnances. Plus de papiers perdus, froissés, brûlés ou boueux. Plus de confusion d’antécédents cliniques. Valeria Calbi, chef de longue date de l’unité pédiatrique Lacor, se souvient: «Parfois, les mères venaient avec la carte santé d’un autre enfant, ou un homme de 50 ans présentait le formulaire d’un jeune garçon. Les cartes santé étaient incomplètes, illisibles ou perdues.» L’explication la plus fréquente des patients pour leurs documents perdus était que «les papiers ont brûlé avec la case». Puis, un médecin devrait reconstituer l’historique des maladies, des investigations antérieures ou de traitements entrepris. Il pouvait arriver qu’un patient qui toussait soit renvoyé à la maison avec une ordonnance d’antibiotiques, et une semaine plus tard, lors d’une visite de suivi, qu’un autre médecin, ignorant la conclusion précédente, rédige la même ordonnance au lieu de demander un test pour voir s’il y a d’autres problèmes, comme la tuberculose. Un manque de données concises et centralement accessibles pourrait avoir des conséquences dangereuses pour bien des gens. La Dre Calbi déclare: «Il n’était pas rare de perdre un temps précieux à parcourir sans succès de vieilles archives papier poussiéreuses.» Mais avec Clinic Master, le personnel du Lacor n’aura plus à passer des heures, voire des jours, dans le labyrinthe poussiéreux des archives papier de l’hôpital. Bientôt, de grands pans des données des patients seront numérisés, grâce à la coopération du personnel médical du service et de l’unité des soins ambulatoires. Pour le moment, cette innovation concernera les dossiers des patients ambulatoires, tandis que pour les patients hospitalisés les médecins ne seront tenus d’entrer dans le système que les admissions, les diagnostics finaux, les ordonnances et autres informations sur les congés.

Les conséquences? Carolina Laghi, assistante de projet travaillant à l’implantation de Clinic Master au Lacor, explique: «Une énorme et précieuse quantité de données sera enregistrée et facilement accessible, au bénéfice des patients quant à la qualité des antécédents et des diagnostics, et à celui de la communauté scientifique quant à la base de données pour recherches futures.» «Les avantages de la collecte de données destinées à la recherche sont inestimables: un hôpital qui assume 270 000 contacts patients chaque année est sans aucun doute une mine d’informations, et encore davantage pendant la pandémie de COVID-19», ajoute le Dr Martin Ogwang, directeur institutionnel de l’hôpital Lacor qui supervise chaque étape des projets de la Fondation Teasdale-Corti financés par des donateurs canadiens. Dr. Martin poursuit : «Au nom de notre équipe de projet, j’aimerais adresser mes plus sincères remerciements au CRDI pour notre partenariat de plus de 10 ans et pour le financement et tout le soutien reçus pendant la mise en œuvre de ce projet.»  Samuel Oji Oti, spécialiste principal des programmes au CRDI, conclut: «Clinic Master aura certainement un impact significatif sur la qualité des données au Lacor. Je prévois que l’hôpital réagira encore mieux aux besoins sanitaires de la population qu’il dessert en évoluant comme plateforme de recherche plus efficace. Ce sera une réalisation majeure et je suis fier d’avoir soutenu ce projet depuis sa création. »



Aujourd’hui, le Lacor admet la plupart des patients nécessitant une hospitalisation dans le district car ceux-ci évitent l’hôpital gouvernemental régional de Gulu, qui sert actuellement de centre de traitement dédié à la COVID-19.

Le gouvernement ougandais a appliqué de nombreuses restrictions, notamment une interdiction de voyager, une distanciation sociale, un couvre-feu en soirée, la fermeture d’écoles et la suspension des vols internationaux. Quelques-unes empêchent les habitants des régions rurales d’accéder aux hôpitaux. Les restrictions nuisent aux plus vulnérables. Voici un exemple :

Une Ougandaise enceinte dans la vingtaine qui accouchait dans un établissement gouvernemental a été référée au centre de santé du Lacor à Amuru, situé à 6 km seulement. Vu le couvre-feu et l’interdiction de voyager découlant de la pandémie, elle a accusé un lourd retard car aucune moto-taxi n’acceptait de la transporter. La seule disposée à le faire exigeait l’astronomique montant de 70 $ CAN (au lieu des 4 $ CAN usuels), et elle a eu du mal à trouver l’argent. À leur arrivée à Amuru, le bébé et la mère étaient dans un état critique et cette dernière a dû accoucher à l’hôpital. L’ambulance du Lacor a été appelée, mais malgré une intervention rapide et un transport immédiat à l’hôpital pour une césarienne, on n’a pu sauver le bébé. La mère était rétablie après une semaine d’hospitalisation.

Chaque décès causé directement ou indirectement par la COVID-19 est en nous. Nous partageons la même pandémie et la même planète. Nous partageons un même corps puisque nous sommes tous affectés par les mêmes écosystèmes. Nous partageons également les mêmes informations et données par la voie d’Internet. Le personnel du Lacor travaille d’arrache-pied à relever les défis imprévus qui surviennent en raison de la COVID-19. Votre soutien, en dons et en transmettant à d’autres les informations du présent bulletin, est inestimable pour nous tous.

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