BULLETIN DE L’HÔPITAL LACOR – AUTOMNE 2021

Quand vous pensez au Lacor, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit ? Les réponses varient d’une personne à l’autre. Les histoires héroïques vécues à cet endroit remarquable sont multiples, après plus de 60 ans et d’innombrables défis relevés. D’où vient toute la résilience du Lacor? On l’explique par l’amour de Lucille pour ses patients, la passion de Piero pour un monde meilleur, le dévouement de Matthew envers ses compatriotes, la force de Dominique qui s’appuie sur son patrimoine familial et le fait que les Ougandais en ont fait leur chez-soi. Or c’est tout cela qui rend le Lacor si unique. 

Le Lacor a toujours joué un rôle important pour aider la population locale en temps de crise.La deuxième vague de la pandémie a frappé durement l’Ouganda. Ces derniers mois, le décompte a été élevé, avec 42 décès et 1 500 nouveaux malades quotidiennement. 

Après Kampala, le district de Gulu a le deuxième plus grand nombre de nouvelles infections au pays. La vague semble vouloir s’atténuer ces derniers temps, ce qui a entraîné la levée de certaines restrictions du COVID-19. 

Étant le seul hôpital doté d’une unité de soins intensifs dans le nord de l’Ouganda, l’Hôpital Lacor est un élément clé de la réponse au COVID-19. En date du 6 août 2021, on y a testé au moins 4 000 échantillons, captant plus de 800 cas positifs (dont environ 86 employés) et admis 300 cas confirmés. 

Dans notre combat, nous nous inspirons de nos mentors qui ont relevé des défis similaires avant nous. Ce numéro parle de mentorat, de responsabilité et de patrimoine comme clés pour résoudre la pandémie. 

L’équipe Teasdale-Corti 



La pandémie a pesé lourdement sur la population mondiale. Partout, son ampleur et sa durée sont épuisantes. 

L’ingénieur électricien Santo Uma Opoka se rappelle avoir travaillé dès sa jeunesse avec son mentor, le frère Elio, absorbant les connaissances d’un homme extraordinaire d’une stature morale, d’une bravoure et d’un humour immenses, convaincu que s’il faisait de son mieux pour les gens, il serait en sécurité peu importe les dangers. Elio était le collègue de confiance de Piero Corti et le pilier du Lacor depuis 1985. Il était également le coeur et l’âme de l’orphelinat Saint-Jude. 

Au cours de la première vague de COVID-19, Elio est tombé malade, et Santo a eu le choc de voir son mentor affaibli, à bout de souffle. Devant l’état d’Elio, il s’est souvenu du moment où celui-ci a affirmé qu’il était l’une des meilleures personnes qu’il avait « vraiment et complètement » formées comme technicien. Elio lui avait expliqué que son nom signifiait saint en italien, faisant de lui le parfait partenaire, ce qui a toujours fait sourire Santo. Elio étant malade, Santo s’est retrouvé à réparer seul le système d’alimentation continue (SAC) du Lacor. Incapable de se concentrer, il a pris une pause pour regarder par la fenêtre le ciel nuageux. 

Santo a vécu la majeure partie de sa vie sous l’égide d’Elio, cet homme dynamique, ressemblant – comme tous le disaient – à Sean Connery. Pour s’amuser, Elio utiliserait son camion pour surprendre les éléphants aux chutes Murchison. Les éléphants s’enfuyaient, jusqu’à ce qu’un jour, Elio affronte une éléphante et son petit. L’éléphante a foncé sur le véhicule. Heureusement, ils l’ont évitée. Santo était effrayé mais se sentait vivant près de son mentor, toujours aventureux. Roulant à grande vitesse, évitant les nids-de-poule, Elio et Santo parcouraient les savanes, du Lacor à Karamoja et Kampala, allant n’importe où pour l’Hôpital Lacor et l’orphelinat Saint-Jude. 

Santo a mis ses souvenirs sur pause lorsqu’une solution au problème du SAC lui est venue à l’esprit. Avec un collègue, il a tenté quelques mesures créatives avant de réactiver le SAC. 

Santo craignait que sa créativité soit inutile sans Elio. Les papillons dans son ventre lui rappelaient qu’il avait frôlé la mort en voyageant en temps de guerre, lorsqu’Elio et lui roulaient dans des sillons de pneus pour éviter les mines terrestres. Une fois, la voiture juste derrière eux a explosé. Ces voyages dangereux visaient à sauver des vies. Pendant la guerre, des rebelles enlevaient souvent les membres du personnel du Lacor. Elio comptait parmi les braves, offrant une rançon en échange d’infirmières kidnappées. Santo craignait alors beaucoup pour sa sécurité. 



Il s’est aussi rappelé la foi du frère Elio et sa façon de toujours trouver le temps de prier, dans toute situation. Il priait même avant d’entreprendre un chantier. Santo priait maintenant pour que son mentor se remette de la COVID-19 et pour trouver la solution à son problème. Lorsque sa foi s’est renouvelée, le SAC s’est remis à fonctionner. 

Vu que son état se détériorait rapidement, Elio a dû être transféré à l’hôpital national Mulago de Kampala parce que le personnel du Lacor considérait qu’il y recevrait de meilleurs soins. Inquiet de voir son mentor dépérir, Santo se rappelle comment, pendant la guerre, Elio développait de nombreuses innovations. Il voulait que chaque appareil de l’Hôpital fonctionne, et sa connaissance approfondie des machines surpassait celle des techniciens dûment formés. Malgré les guerres et les épidémies, Elio améliorait constamment l’équipement du Lacor. Son absence a été ressentie par tout le monde à l’Hôpital, mais surtout par Santo. Après près d’un mois de fonctionnement fluide, le SAC s’est arrêté soudainement : une autre complication. 

Le 11 novembre 2020, le frère Elio est décédé à l’hôpital de Mulago après avoir combattu âprement le coronavirus. Santo n’arrivait même pas à en parler. Il observait le SAC en panne, incapable d’accepter l’idée d’y travailler sans son mentor. Alors qu’un océan d’émotions l’envahissait, il a envisagé de démissionner. Il lui était impossible de travailler en éprouvant tristesse et chagrin, qui lui rappelaient l’épidémie d’Ebola lorsque les membres du personnel ont été terrassés par la maladie dévastatrice. En 2000, Elio a eu la dangereuse tâche d’enterrer les morts de manière sûre, un travail ardu en raison de la logistique, du matériel et du risque de contracter le virus. Santo observait le SAC, et son collègue, qui l’a convaincu de réessayer, lui rappelait que son chagrin était normal et que le Lacor avait besoin de lui. 

L’Hôpital Lacor est un grand complexe desservant annuellement plus de 250 000 patients. Ces derniers ont besoin d’eau, de lumière et d’électricité. Lors d’une entrevue en 2015, Elio déclarait : « Si vous aidez le Lacor, vous recevrez cent fois ce que vous avez donné ». Pour lui, comme pour bien des gens, le Lacor était un lieu d’espoir et de rêves. Il s’est sacrifié pour le Lacor, investissant plus de trente ans dans l’Hôpital et appréciant chaque minute. On dit que quand son heure est venue, il avait déjà pleinement réalisé son véritable potentiel de héros. Il a fait son travail dans l’espoir d’inspirer les autres à faire mieux. 

Santo a compris ce qui clochait avec le SAC, et il a continué à s’attaquer à des problèmes techniques complexes dans l’année qui a suivi le décès du frère Elio. Il se sent inspiré à agir comme son mentor et à poursuivre son travail pour l’amour du Lacor et de ses compatriotes. 


Dans le documentaire Un Cammino per la Vita, Contardo Vergani, l’époux de Dominique Corti, affirme que, simplement dit, Dominique aime l’Hôpital Lacor et le peuple acholi. Le Lacor est sa raison d’être, nous dit aussi sa tante Paula Bottina-Corti. 

Dominique est née au Lacor. Soeur Patrizia Clerici l’a vue la première lorsque lui a donné naissance sa mère, la Dre Lucille Teasdale, icône canadienne décédée du sida contracté en 1996 en opérant un soldat blessé. L’Hôpital Lacor pleure également le regretté Dr Matthew Lukwiya, que la Dre Lucille et le Dr Piero Corti, son mari, pressentaient pour leur succéder à la direction de l’Hôpital. Le Dr Matthew a malheureusement été emporté par l’épidémie d’Ebola en 2000, malgré ses efforts héroïques pour la contenir et protéger sa communauté et son personnel. 

Dernièrement, lors de la deuxième vague de COVID-19 en Ouganda, Dominique s’est rendue au Lacor pour soutenir ses collègues acholis. 

La seule autre unité COVID-19 dans le nord de l’Ouganda (qui compte trois millions d’habitants) se trouve à l’hôpital régional de Gulu, d’une capacité de 20 lits. Cela implique que le Lacor reçoit des gens gravement atteints provenant de nombreux districts de la région et même d’ailleurs. 

Le Lacor a désigné cinq lits pour les soins intensifs et 45 lits hors-soins intensifs pour la COVID-19. Cependant, il ne refuse jamais de patients s’il peut les aider. En moyenne, les patients atteints d’une maladie grave sont admis pendant deux à trois semaines à l’unité COVID, certains étant référés au service de médecine générale pour des soins continus après un test de dépistage négatif. 

Avec plusieurs autres, Dominique assure l’héritage de ses parents au Lacor en combinant les interventions de l’étranger. Citadelle sanitaire, le Lacor continue de fonctionner grâce aux contributions de chacun d’entre vous. 

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